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La Casbah d’Alger, une ville construite dans la ville

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Vue depuis la baie d’Alger, la Casbah dessine un triangle blanc qui dévale la colline jusqu’au port. On l’appelle « ville » à juste titre : la Casbah n’est pas un quartier ajouté à Alger, elle est le noyau à partir duquel la capitale s’est développée, un tissu urbain complet avec ses mosquées, ses fontaines, ses souks et sa citadelle.

Une topographie qui commande l’urbanisme

La Casbah occupe un site pentu, resserré entre la mer et le sommet de la colline où se dresse l’ancienne citadelle, la Djenina. Cette contrainte de relief a produit un urbanisme en gradins : les maisons s’étagent les unes au-dessus des autres, et les terrasses de l’une servent souvent de circulation ou de cour arrière à la voisine du dessus. La ville haute, plus résidentielle, contraste avec la ville basse, plus commerçante et proche du port, où se concentraient autrefois les fondouks et les échoppes d’artisans.

Le plan général n’a rien d’improvisé. Il répond à une logique défensive héritée de la période ottomane : peu d’axes larges, beaucoup d’impasses, des porches qui referment des îlots entiers sur eux-mêmes. Un envahisseur qui s’aventurait dans la Casbah s’y perdait vite — c’était le but.

La maison à patio, cellule de base de la cité

L’unité d’habitation type de la Casbah est la maison à patio, organisée autour d’une cour intérieure carrée ou rectangulaire, le west ed-dar, souvent bordée d’une galerie à colonnes sur un ou deux niveaux. Cette cour capte la lumière et l’air, loin du bruit et du regard de la rue : les façades extérieures, aveugles ou presque, ne laissent rien deviner de la vie domestique qui se déroule à l’intérieur.

Ce type d’habitat répond à un besoin très concret dans un climat méditerranéen : la cour rafraîchit la maison en été et la protège des vents en hiver. On retrouve le même principe, avec des variantes, dans d’autres villes portuaires du Maghreb et du Machrek, ce qui inscrit la Casbah dans une famille urbaine bien plus large que la seule Algérie.

Ruelles en escalier et impasses

La circulation dans la Casbah se fait par un réseau serré de ruelles, souvent trop étroites pour un véhicule et fréquemment transformées en escaliers dès que la pente s’accentue. Ces voies portent des noms qui racontent la géographie sociale du quartier : rue des teinturiers, rue des bijoutiers, ruelle qui menait à telle fontaine. Beaucoup se terminent en impasse, le derb, desservant un groupe de maisons appartenant souvent à une même famille élargie.

  • Des porches et des voûtes qui relient deux îlots au-dessus de la rue.
  • Des fontaines publiques, points de rencontre historiques du quartier.
  • Des mosquées de proximité, disséminées à l’échelle du pâté de maisons plutôt que concentrées sur une place unique.

1992 : l’inscription au patrimoine mondial

La Casbah d’Alger est inscrite depuis 1992 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance porte sur l’ensemble urbain dans sa cohérence : le tracé des rues, les maisons à patio, la citadelle et les édifices religieux qui témoignent de plusieurs siècles d’occupation, de la période ottomane jusqu’au XIXe siècle. L’UNESCO retient la Casbah comme un exemple de ville islamique traditionnelle qui a conservé, mieux que beaucoup d’autres médinas méditerranéennes, la lisibilité de son plan d’origine.

La liste du patrimoine mondial recense les biens culturels et naturels jugés d’une valeur universelle exceptionnelle, dont la protection engage la communauté internationale tout entière.

Cette inscription n’est pas qu’une distinction honorifique : elle fixe un cadre de protection qui encadre, en principe, toute intervention sur le bâti — restauration, consolidation, réhabilitation d’une maison ou d’un tronçon de rue.

Une conservation en tension permanente

Le vieillissement du bâti reste le défi central de la Casbah. Beaucoup de maisons anciennes ont été construites en pierre, en brique crue et en bois, des matériaux sensibles à l’humidité et au manque d’entretien. Des effondrements partiels ont ponctué les dernières décennies, souvent liés à l’abandon progressif de certaines habitations et à la difficulté de financer des travaux de restauration respectueux des techniques d’origine.

Des associations de quartier, des architectes spécialisés dans le patrimoine et les autorités locales travaillent, projet par projet, à sauver ce qui peut l’être : consolidation des maisons menaçant ruine, réouverture de fontaines, restauration de portes sculptées. Ce travail se fait rue par rue, maison par maison — il n’existe pas de solution unique à l’échelle d’un ensemble aussi dense et aussi ancien.

La Casbah reste habitée, ce qui la distingue de nombreux sites patrimoniaux devenus de simples décors. Cette vie quotidienne — commerces, écoles coraniques, ateliers d’artisans — est à la fois ce qui rend le lieu vivant et ce qui complique sa préservation : on ne fige pas un quartier où des familles vivent depuis des générations.

Des monuments qui jalonnent le tissu urbain

La visite de la Casbah révèle un patrimoine religieux et civil dense, disséminé dans le tissu urbain plutôt que regroupé sur une place unique. Aux abords de la ville basse se trouve la Grande Mosquée d’Alger (Djamaa El Kebir), l’un des plus anciens édifices religieux du pays, dont le minaret remonte à l’époque almoravide, au XIe siècle. Plus haut dans la Casbah, la mosquée Ketchaoua, transformée à plusieurs reprises au fil des occupations successives de la ville, illustre la superposition d’influences qui caractérise l’architecture algéroise.

On y trouve aussi d’anciennes demeures de notables ottomans transformées, pour certaines, en institutions culturelles : ces palais urbains, organisés eux aussi autour d’un patio central mais à une échelle plus vaste que la maison familiale ordinaire, témoignent du niveau de raffinement décoratif atteint dans la Casbah — stucs sculptés, marbres, céramiques murales importées ou produites localement.

Un artisanat qui a survécu au temps

La Casbah conserve, dans certaines de ses ruelles, des ateliers d’artisans dont le savoir-faire se transmet de génération en génération : dinandiers, brodeurs, cordonniers travaillant le cuir selon des techniques anciennes. Cette continuité artisanale, plus fragile qu’elle n’y paraît, dépend directement de la vitalité du quartier : quand une maison se vide, c’est souvent un atelier qui ferme avec elle, et un geste de métier qui risque de disparaître faute de transmission.

Pour prolonger la lecture sur le patrimoine du pays, notre rubrique Algérie & Maghreb revient régulièrement sur les grands sites classés. Source : liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.


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