Le Carnet algérien

Ce qui se passe là-bas, vu d'ici

MC Alger, CR Belouizdad : deux clubs, deux histoires d’Alger

Avatar de Yanis Belkacem

·

5 min de lecture

À Alger, un club de football ne se résume jamais à un maillot. Il porte un quartier, une histoire de fondation précise, un rapport particulier à la ville. Le Mouloudia Club d’Alger et le Chabab Riadhi de Belouizdad, deux des clubs les plus suivis de la capitale, en sont l’illustration la plus nette : deux origines, deux quartiers, une rivalité qui dépasse largement le seul terrain.

Le Mouloudia Club d’Alger, doyen de la ville

Fondé en 1921, le Mouloudia Club d’Alger, plus connu sous son sigle MCA, compte parmi les plus anciens clubs de football d’Algérie. Il est né dans le contexte d’un mouvement sportif local qui cherchait, au début du XXe siècle, à structurer des clubs portés par la population algéroise dans les quartiers populaires de la ville, notamment autour de la Casbah et de Bab El Oued. Cette ancienneté confère au MCA un statut particulier dans le paysage sportif algérien : celui de club historique, souvent présenté comme une référence pour comprendre la naissance du football organisé dans la capitale.

Les couleurs du club — le rouge et le vert — et son surnom, « Le Doyen », renvoient directement à cette antériorité. Un club fondé aussi tôt, dans une ville où le football se structurait à peine, occupe naturellement une place symbolique forte, indépendamment des résultats sportifs d’une saison ou d’une autre.

Le CR Belouizdad, un club né avec l’indépendance

Le Chabab Riadhi de Belouizdad, CRB, est fondé en 1962, l’année de l’indépendance de l’Algérie. Le club prend le nom du quartier qui l’accueille, Belouizdad, lui-même renommé après l’indépendance en hommage à Mohamed Belouizdad, figure du mouvement national algérien. Ce quartier, connu auparavant sous le nom de Belcourt, est un secteur populaire et dense d’Alger, avec une identité de quartier ouvrier fortement marquée.

Cette date de naissance, calée sur celle de l’indépendance du pays, donne au CRB une portée symbolique différente de celle du MCA : il n’est pas le club le plus ancien, mais celui dont la fondation coïncide avec un moment fondateur de l’histoire algérienne contemporaine. Ses couleurs, le rouge et le blanc, et son stade historique, le stade du 20-Août-1955 dit « Laquiba », ancrent le club dans ce même quartier depuis sa création.

Ce que représente un derby algérois

Un match entre le MC Alger et le CR Belouizdad n’est jamais un simple match de championnat. C’est une confrontation entre deux territoires urbains, deux mémoires de quartier, deux publics qui se reconnaissent dans une histoire de fondation différente. Les ultras des deux clubs occupent une place centrale dans cette dimension : chants, tifos, codes visuels — tout un langage propre à chaque club se déploie les jours de derby, bien au-delà du seul enjeu sportif.

Un derby de football, dans la plupart des grandes villes du monde, fonctionne d’abord comme un marqueur d’identité urbaine : il oppose des quartiers et des mémoires collectives autant que des équipes.

Cette dimension identitaire explique pourquoi la rivalité entre les deux clubs se transmet d’une génération de supporters à l’autre, indépendamment des résultats sportifs d’une saison donnée. On soutient le MCA ou le CRB souvent parce qu’on est né dans tel quartier, parce qu’un père ou un grand-père l’a soutenu avant, et non uniquement en fonction du classement du moment.

Une structuration qui remonte à l’indépendance

La Fédération algérienne de football (FAF) est fondée en 1962, la même année que le CR Belouizdad, dans le contexte de la réorganisation complète du sport algérien après l’indépendance. Cette coïncidence de dates n’est pas anodine : elle rappelle que le football algérien de l’après-1962 s’est reconstruit sur des bases nouvelles, tout en intégrant des clubs plus anciens comme le MCA, fondés plusieurs décennies auparavant. Les deux trajectoires — celle d’un club fondé en 1921 et celle d’un club fondé en 1962 — se sont ainsi retrouvées dans un même championnat national, chacune porteuse d’une mémoire différente de la ville.

Les centres de formation des deux clubs occupent aujourd’hui une place importante dans leur fonctionnement, avec l’ambition commune de faire émerger, à partir des quartiers d’Alger, des générations de joueurs qui perpétuent l’identité du club auprès duquel ils ont grandi. Cette logique de formation locale renforce encore le lien entre club et quartier, un lien qui reste au cœur de l’identité du football algérois, bien plus que la seule performance sur le terrain.

Une histoire qui dépasse les deux clubs

Alger compte d’autres clubs importants qui participent de la même géographie sportive de la ville, chacun rattaché à un quartier ou à une institution : l’Union sportive de la médina d’Alger (USMA), le NA Hussein Dey, ou encore le CS Constantine et l’ES Sétif à l’échelle nationale, souvent cités aux côtés du MCA et du CRB comme grands clubs historiques du football algérien. Cette structuration par quartier et par ville, plutôt que par simple hiérarchie sportive, est une caractéristique du football algérien qui remonte à la période de structuration des premiers clubs, au début du XXe siècle.

Comprendre le MCA et le CRB, c’est donc comprendre une part de la géographie sociale d’Alger : deux quartiers, deux dates de fondation qui racontent chacune un moment différent de l’histoire de la ville, et une rivalité sportive qui a fini par devenir un repère identitaire pour des générations entières de supporters.

D’autres articles sur le sport et le patrimoine du pays sont à retrouver dans notre rubrique Algérie & Maghreb. Source : Confédération africaine de football.


Avatar de Yanis Belkacem

À lire aussi